Textes
- Détails
- Bruno Masala
- Textes
- Clics : 1339
- Œuvre, auteur : • Rabelais, François (1483 - 1553)
- Cours & notions : • apologue
Texte avec l'orthographe originale :
A propos de soubhaictz mediocres en matière de coingnée (advisez quand sera temps de boire) ie vous raconteray ce qu’est escript parmy les apologues du saige Æsope le François. I’entends Phrygien & Troian, comme afferme Max. Planudes : duquel peuple selon les plus veridicques chronicqueurs, sont les nobles François descenduz. Ælian escript qu’il feut Thracian : Agathias après Herodote, qu’il estoit Samien. Ce m’est tout un.
De son temps estoit un paouvre homme villageois natif de Gravot nommé Couillatris, abateur & fendeur de boys, & en cestuy bas estat guaignant cahin caha sa paouvre vie. Advint qu’il perdit sa coingnée. Qui feut bien fasché & marry ce fut il. Car de sa coingnée dependoit son bien & sa vie : par sa coingnée vivoit en honneur & reputation entre tous riches buscheteurs : sans coingnée mouroit de faim. La mort six iours après le rencontrant sans coingnée, avecques son dail l’eust fausché & cerclé de ce monde. En cestuy estrif commença crier, prier, implorer, invocquer Iuppiter par oraisons moult disertes (comme vous sçavez que Necessité feut inventrice d’Eloquence) levant la face vers les cieulx, les genoilz en terre, la teste nue, les bras haulx en l’air, les doigts des mains esquarquillez, disant à chascun refrain de ses suffrages à haulte voix infatiguablement. Ma coingnée Iuppiter, ma coingnée. Rien plus, ô Iuppiter, que ma coingnée, ou deniers pour en achapter une autre. Helas, ma paouvre coingnée. Iuppiter tenoit conseil sus certains urgens affaires : & lors opinoit la vieille Cybelle, ou bien le ieune & clair Phœbus, si voulez. Mais tant grande feut l’exclamation de Couillatris, qu’elle feut en grand effroy ouye on plein conseil & consistoire des Dieux.
(...)
Mercure reguarde par la trappe des Cieulx, par laquelle ce que l’on dict ça bas en terre ilz escoutent : & semble proprement à un escoutillon de navire. Icaromenippe disoit qu’elle semble à la gueule d’un puiz. Et veoid que c’est Couillatris, qui demande sa coingnée perdue : & en faict le rapport au conseil. Vrayement (dist Iuppiter) nous en sommes bien. Nous à ceste heure n’avons aultre faciende, que rendre coingnées perdues ? Si fault il luy rendre. Cela est escripts es Destins, entendez vous ? aussi bien comme si elle valust la duché de Milan. A la verité sa coingnée luy est en tel pris & estimation, que seroit à un Roy son Royaulme. Cza, ça, que ceste coingnée soit rendue. Qu’il n’en soit plus parlé.
(...)
Cza, ça, (dist Iuppiter à Mercure) descendez presentement là bas, & iectez es pieds de Couillatris troys coingnées : la sienne, une aultre d’or, & une tierce d’argent massives toutes d’un qualibre. Luy ayant baillé l’option de choisir, s’il prend la sienne & s’en contente, donnez luy les deux autres. S’il en prend aultre que la sienne, couppez luy la teste avecques la sienne propre. et desormais ainsi faictes à ces perdeurs de coingnée. Ces parolles achevées Iupiter contournant la teste comme un cinge qui avalle pillules, feist une morgue tant espouvantable, que tout le grand Olympe trembla.
Mercure avecques son chappeau poinctu, sa capeline, talonnières & caducée se iecte par la trappe des Cieulx, fend le vuyde de l’air, descend legierement en terre : & iecte es pieds de Couillatris les trois coingnées : Puys luy dict. Tu as assez crié pour boire. Tes prières sont exaulcées de Iuppiter. Reguarde laquelle de ces troys est ta coingnée, & l’emporte. Couillatris soubliève la coingnée d’or : il la reguarde : & la trouve bien poisante : puis dict à Mercure. Marmes ceste cy n’est mie la mienne, Ie n’en veulx grain. Autant faict de la coingnée d’argent : & dict : Non est ceste cy. Ie la vous quitte. Puys prend en main la coingnée de boys : il reguarde au bout du manche : en icelluy recongnoist sa marque : & tressaillant tout de ioye, comme un Renard qui rencontre poulles esguarées, & soubriant du bout du nez dict. Merdigues ceste cy estoit mienne. Si me la voulez laisser, ie vous sacrifiray un bon & grand pot de laict tout fin couvert de belles frayres aux Ides (c’est le dizième iour) de May. Bon homme, dist Mercure, ie te la laisse, prens la. Et pour ce que tu as opté & soubhayté mediocrité en matière de coingnée, par le vueil de Iuppiter ie te donne ces deux aultres. Tu as de quoy dorenavant te faire riche. Soys homme de bien.
source : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Quart_Livre/Prologue
- Détails
- Bruno Masala
- Textes
- Clics : 1304
- Œuvre, auteur : • La Fontaine : Fables (1668, 1678/79, 1694)
- Cours & notions : • alexandrin • fable • octosyllabe
Questions de compréhension
- Détails
- Bruno Masala
- Textes
- Clics : 2420
- Œuvre, auteur : • La Fontaine : Fables (1668, 1678/79, 1694)
- Cours & notions : • alexandrin • décasyllabe • diérèse • fable • litote • octosyllabe • périphrase
Questions de compréhension
- Jusqu’à quel vers La Fontaine s’adresse-t-il directement au Comte de Brienne, à qui cette fable est dédiée?
- Quelles divinités gréco-romaines sont nommées ou évoquées dans la première partie de la fable, qui sert de prologue?
- Comment se nomme le fabuliste grec qui compose des fables courtes dans le seul but d’argumenter une idée morale, sans soigner particulièrement son récit?
- Retrouvez les titres des fables auxquelles La Fontaine fait précisément référence dans ce prologue.
- Dans la deuxième partie de la fable, qui ressemble à une petite pièce de théâtre, quels personnages apparaissent sur scène?
- Mettez en évidence les trois scènes de la petite pièce de théâtre que constitue la deuxième partie de cette fable, en donnant un titre à chacune.
Introduction
Le premier recueil de Fables de La Fontaine contient les 6 premiers livres et paraît en 1668. L’ensemble du recueil est dédicacé au Dauphin, Louis, fils de Louis XIV et de Marie-Thérèse, né en 1661.
Cependant, la première fable du cinquième livre commence par une dédicace complémentaire. Le Comte de Brienne (https://data.bnf.fr/en/13010882/louis-henri_de_lomenie_brienne/) est un ancien secrétaire d'Etat, fin lettré et auteur, qui publiera avec La Fontaine en 1671, un recueil de poésies chrétiennes et diverses.
Cette dédicace constitue un prologue*, où La Fontaine formule son art poétique (cf http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/buchmerc.htm):
- rejeter les « vains ornements »
- rechercher la simplicité, avec cependant des traits spirituels
- instruire et plaire
- faire la satire du « vice », de la « sotte vanité » et de « l’envie »
- construire « une ample comédie à cent actes divers et dont la scène est l'univers »
* prologue : préambule, préface
* art poétique : exposé sur la façon d’écrire des ouvrages littéraires réussis
La deuxième partie, la fable proprement dite, est inspirée de :
- Esope : Le Bûcheron et Hermès
- Haudent, Guillaume : Trois cent soixante et six apologues d'Esope (1547)
- Rabelais : Quart Livre - prologue, Couillatris et sa cognée (1548/1552)
Chez Esope, comme chez La Fontaine, Mercure présente les trois cognées l'une après l'autre, alors que chez Haudent et Rabelais, il présente les trois en même temps au bûcheron pour qu'il fasse son choix.
Cette fable paraît la même année que la création de la comédie Amphitryon, de Molière.
- Détails
- Bruno Masala
- Textes
- Clics : 998
- Œuvre, auteur : • Hugo : Hernani (1830)
- Cours & notions : • énonciation
Numérotation des vers:
- éd. GF : v.1429 à 1596
- éd. numérique : v. 1221 à 1328
Don Carlos s'adresse (éd. GF)
- à Charlemagne v.1429-1432
- à son sépulcre v.1432-1434
- à Charlemagne v.1435-1436
- Ø v.1437-
- à tout homme, spécialement aux rois et aux grands v.1497-1506
- à lui-même v.1506-
- aux rois v.1532-
- à Charlemagne v.1556-
