• Œuvre, auteur : • Beaumarchais : Le Mariage de Figaro (1781/1784)  
  • Documents :
  • Texte au format PDF à imprimer

Introduction

... présentation rapide de l'auteur et de la pièce ...

... situation dans la pièce : L'Acte III se déroule dans la salle du trône où le Comte va siéger comme juge. Après avoir envoyé son piqueur Pédrille à Séville s'enquérir si Chérubin y est vraiment, Almaviva tente de faire le point dans son monologue de la scène 4: nous comprenons qu'il n'arrive pas à croire tous les mensonges qu'on lui a servis à l'Acte II. Arrive Figaro qu'il veut sonder: la scène 5 consiste en une longue conversation, plaisante et variée, du maître et de son valet, où chacun essaie de duper l'autre ou, du moins, de ne pas être dupé par lui. En effet, Figaro, qui a surpris le fin du monologue du Comte, sait que celui-ci veut manœuvrer pour savoir «s'il est instruit ou non de [son] amour Suzanne». Réussira-t-il à endormir la vigilance du Comte sur un sujet qui le préoccupe tant? Observons en détail la fin de cette scène 5. 

Découpage de l'extrait

l.1 à 28 : suite des escarmouches entre Figaro et le Comte

l.29-50 : les deux dupeurs sont dupés 

Analyse détaillée 

• l.1 à 28 : suite des escarmouches entre Figaro et le Comte

l.2-3 : ici le Comte continue de vanter les avantages pour Figaro d'aller à Londres (en y emmenant Suzanne); ne voulant pas croire que son valet renonce à la fortune, Almaviva flatte son ambition;
- cette réplique commence par un compliment à Figaro: le Comte loue la force de caractère et l'ingéniosité de son valet; or, plus haut, la conversation a été assez tendue, le Comte rappelant à Figaro son goût de l'intrigue, ainsi que sa "réputation détestable", et Figaro répondant par mille insolences; or, en soulignant que son valet a du "caractère et de l'esprit" le Comte cherche à l'amadouer; en effet, dans ce dialogue, les deux personnages ont un objectif caché: ce qu'ils se disent a une autre portée que le contenu même de leurs propos. (Cela nourrit le comique de situation.)

l.5-6 : mais Figaro ne cède pas à ces sirènes et rebondit sur l'un des deux termes du compliment: avoir de l'esprit est un handicap pour réussir; ainsi Figaro se remet à discourir sur une thème général (comme il l'a fait plus haut sur la langue anglaise); comme souvent, c'est l'auteur Beaumarchais que nous écoutons ici nous asséner ses idées; 
- la réplique de Figaro, en trois phrases, est cinglante: 1) brève question rhétorique, sans verbe, qui reprend l'argument du Comte en marquant le doute et l'étonnement (la réponse sous-entendue étant "non, il ne faut surtout pas avoir de l'esprit pour s'avancer"); 2) phrase correcte, polie dans sa forme (en donnant du "Monseigneur" et de la 3ème personne du singulier), mais qui inverse complètement le compliment du Comte, Figaro affirmant que celui-ci se moque de lui; 3) exposé de sa thèse, de façon très laconique (le premier membre de phrase n'a pas de verbe)

l.8 : le Comte ne relève pas cette nouvelle insolence et poursuit son propos (ce qui est marqué par les points de suspension en début de réplique); il continue de se montrer bienveillant et propose même de l'aide à Figaro

l.10-12 : nouvelle réponse assurée et laconique de Figaro (marquant qu'il a "du caractère"); alors le Comte change de manière et se montre un peu moqueur, en faisant allusion, dans une phrase exclamative, à la dissertation de Figaro sur le mot "Goddam", où il a montré son ignorance de l'anglais tout en se vantant d'en connaître "le fond de la langue"

l.14-22 : cela déclenche une nouvelle dissertation de Figaro pour définir la politique ; la tirade enfile les infinitifs, en jouant sur la polysémie de mots comme "entendre" (= ouïr OU comprendre), avec des figures en chiasme et épanadiplose (ignorer-sait / savoir -ignore), et riche en antithèses ("pauvreté des moyens" / "importance des objets"): pour le comédien, c'est un bref morceau de bravoure riche en comique de mots; la phrase finale, avec l'exclamative "ou je meure!" souligne la sincérité de Figaro, qui a parlé d'abondance de cœur. 

l.24-28 : le Comte contre-argumente en distingant "intrigue" et "politique", mais Figaro continue sur sa lancée en affirmant que les deux se valent; on retrouve ici le ton mordant, laconique, cinglant de ses réponses précédentes ("La politique, l'intrigue, volontiers;" est une proposition non verbale; la conjonction "mais" signifie une opposition nette; la formule "en fasse qui voudra" connote le dégoût; 
- dans la deuxième phrase de sa réplique il croit poursuivre son raisonnement en vantant l'amour par opposition à la politique; en citant une chanson du père d'Henri IV, qu'il met dans la bouche de celui-ci "le bon Roi", il croit sans doute user d'un argument d'autorité à l'appui de son propos...

• l.29-50 : les deux dupeurs sont dupés 

l.29-30 : cependant, le Comte n'entend pas cette citation du bon Roi comme le voudrait Figaro; Almaviva, qui n'a que Suzanne en tête durant toute la pièce, associe celle-ci à "ma mie"...