Introduction
... présentation rapide de l'auteur et de la pièce ...
... situation dans la pièce : Au début de l’Acte IV, Figaro a demandé à Suzanne d’annuler le rendez-vous où il espérait surprendre le Comte avec elle. Mais à la scène 3, la Comtesse a proposé à Suzanne d’échanger ses vêtements avec elle et d’aller elle-même au rendez-vous avec le Comte «sous les grands marronniers». Par la suite, Figaro, croyant que Suzanne le trompe, convoque tout le monde comme témoin à l’Acte V, la nuit. Figaro est détrompé à la scène 8. Quant au Comte, il voit «Un homme aux pieds de la comtesse» à la scène 9 et, sa colère augmentant, il va faire sortir un à un tous les personnages des deux pavillons. Il n’est détrompé qu’à la 19ème et dernière scène, qui offre ainsi un dénouement subit mais bien amené et complet.
Découpage de l'extrait
• la reconnaissance : un coup de théâtre : l.1-4
• l’étonnement du Comte : l.4-47 [pour l'examen on ne prendra l'analyse détaillée que jusqu'ici]
• le Comte s’amuse enfin : l.48-77
Analyse détaillée
• la reconnaissance : un coup de théâtre : l.1-4
Le dénouement est très attendu, sauf pour le Comte.
La Comtesse est la dernière à sortir du pavillon. Sa réplique «Au moins je ferai nombre.» convient bien au personnage et à la situation: l’épouse délaissée vient d’entendre le Comte refuser son pardon à tous ses vassaux à genoux; la locution adverbiale «au moins» donne l’estimation minimale de voir une amélioration chez le Comte.
Mais en une fraction de seconde, tout s’éclaire pour celui-ci. Il est interloqué et enchaîne interjection «Ah!» et phrase exclamative.
• l’étonnement du Comte : l.4-47
Brid’Oison vient confirmer ce que l’obscurité pourrait cacher à tel ou tel spectateur: c’est bien la Comtesse, dans les habits de Suzanne. C’est le juge, l’homme de loi, un des personnages les plus sérieux de la pièce mais c’est le premier à rire, comme l’indique la didascalie, ce qui réoriente la tension dramatique causée par la colère du comte.
Désormais, le seul à ne pas rire est le Comte et ses répliques seront des interrogations (l.8, 27) ou des demandes de pardon (l.8-9, 31).
Avant de lui accorder son pardon, la Comtesse le morigène doucement sur sa colère et sa dureté en imitant son «Non, non» de la scène 18.
D’après la didascalie l.12, elle ne se relève qu’après avoir accordé son pardon, joignant ainsi la magnanimité à la douceur: c’est le pardon «sans condition» qui relève de la grandeur d’âme.
Les deux autres dames, Suzanne et Marceline, se relèvent ensuite. Leur réplique «Moi aussi.» signifie qu’à l’instar de la comtesse, elles pardonnent le comte, ce qui est une manière de souligner qu’il y a quelque chose à lui pardonner, qu’il est donc coupable envers ses vassaux.
Figaro ne se relève qu’après sa femme et sa mère, complétant cette leçon de courtoisie donnée au comte. On entend «Moi aussi.» pour la troisième fois ce qui constitue déjà du comique de répétition.
D’ailleurs Figaro continue sa réplique en citant le comte à la scène 7: "il y a de l’écho ici.". Ainsi, Figaro fait comprendre à son maître qu'il a tout entendu de son badinage lorsque, seul avec la Comtesse, il croyait séduire Suzanne.
La réplique suivante du Comte prouve qu'il a bien compris l’allusion : «De l’écho ! – J’ai voulu ruser avec eux ; ils m’ont traité comme un enfant !». La colère de la scène précédente est enterrée; le grand seigneur est penaud:.
Alors, la comtesse le rétablit dans sa dignité en l’appelant «monsieur le comte» et en l’invitant à l’espoir: «Ne le regrettez pas.» car vous m’avez dit de belles choses tout à l’heure dans la pénombre, car votre regret de m’avoir offensée me touche etc. Cette réplique peut inclure de nombreux sous-entendus.
Quant à Figaro il tire une leçon de la journée (l.25) et évoque l’avenir du comte, futur ambassadeur à Londres, comme nous l’avons appris au début de la pièce: c’est une utile réplique de dénouement.
Pourquoi l’auteur a-t-il tenu à préciser qu’il voulait que l’acteur s’essuie «les genoux avec son chapeau»? (l.24) N’est-ce pas pour nous rappeler que son Figaro n’aime pas être à genoux?
La question du Comte «Ce billet fermé d’une épingle ?...» est un éclaircissement de dénouvement qui tire parti de la double énonciation: le Comte, fidèle à lui-même, interroge pour comprendre, et cela rappelle aux spectateurs la péripétie qui a déclenché ce dénouement nocturne.
La réplique de la Comtesse «La jarretière ? Elle était avec ses habits ;» est un mensonge : c'est elle-même qui a conservé son ruban tâché du sang de Chérubin. Ce mensonge prélude à une nouvelle intrigue: l'adultère consommé de la Comtesse avec Chérubin, qui va mener à la troisième pièce de la trilogie La Mère coupable.
La réponse de la Comtesse à la question du Comte relève du quiproquo: absorbée dans ses pensées, après avoir vu l’empressement de Chérubin pour reprendre son ruban, elle ne répond pas à propos de la gifle reçue par Figaro, mais sur son amour. Elle sert à son mari une protestation d’amour et de fidélité. Ce comique de situation est renforcée par la mention «sans distraction, je vous le jure», ironie dramatique
Champ lexical du pardon
l.8 pardon
l.23 regretter
Autre découpage
• l.1-18 tous pardonnent le Comte
• l.21-40 les explications fournies au Comte
• l.42-58 intermède sur le mariage
• l.60 à la fin épilogue, conclusion
