• Texte, œuvre, auteur : • Hugo : Ruy Blas - I, 3 extrait  

Fait partie du sujet de l'EAF 2015 séries ES/S Pondichéry : https://www.annabac.com/annales-bac/textes-de-racine-hugo-sarraute 

Exemple de corrigé rédigé  

Le corpus est constitué de trois dialogues de théâtre où un personnage hésite à avouer quelque chose à un autre. Dans l’extrait de Phèdre, de Racine, (texte A), Phèdre finit par céder à la passion et dire à Hippolyte, le fils de son mari, qu’elle l’aime. L’extrait de Ruy Blas (texte B) met en scène deux amis qui se retrouvent: Ruy Blas est en confiance et finit par tout dire à son ami Don César. Dans l’extrait de Pour un oui ou pour un nom, de Sarraute (texte C), les deux personnages ne s’avouent pas clairement leur sentiment, mépris chez l’un, blessure d’être méprisé chez l’autre, mais reviennent sur les circonstances exactes de la révélation. Comment ces trois textes rendent-ils perceptibles les difficultés des aveux?

Avant de se lancer dans la tirade lyrique où elle va confesser son amour, Phèdre hésite à parler. Les points de suspension au vers 10 « et mon coeur… » traduisent le scrupule de conscience qui la retient. Par ailleurs, elle se contredit: après avoir affirmé comme un fait avéré que Thésée est mort (« Puisque Thésée a vu les sombres bords »), elle se reprend et affirme le contraire: « Que dis-je? Il n’est point mort puisqu’il respire en vous ». Dans ce vers et les deux suivants, sa passion trouve subrepticement une voie pour s’extérioriser avant qu’elle ne se reprenne: « Je m’égare, Seigneur, ma folle ardeur malgré moi se déclare. » Ensuite, dans la tirade, Phèdre emprunte le détour d’une narration pour déclarer sa flamme: si Hippolyte était venu tuer le Minotaure, c’est elle, et non Ariane, qui l’aurait aidé… Enfin, lorsqu’Hippolyte montre sa surprise et l’accuse d’oublier que Thésée est son père, elle se reprend et se pare dans le souci de sa gloire. 

La situation est très différente pour Ruy Blas, qui s’adresse en toute confiance à un ami. Pourtant, avant d’exprimer clairement ce qu’il a à avouer, il va lui aussi prendre un détour: l’hyperbole « hydre aux dents de flamme ». Ensuite, il enchaîne les épithètes péjoratifs: « quelque chose / d’étrange, d’insensé, d’horrible et d’inouï »; « poison affreux » etc. Après ces longues circonlocutions, Ruy Blas dit tout net à son ami, dans une phrase exclamative fort brève, laissant seulement le temps à Don César de s’exclamer « Ciel! ». Il reprend ensuite en s’épanchant lui-même sur la folie de sa passion. 

Chez Sarraute, la difficulté d’avouer est beaucoup plus nette. Elle se traduit d’emblée par les nombreuses hésitations de H2, incarnées par des points de suspension et, en regard, des questions insistantes de H1. Par ailleurs, des didascalies nous renseignent sur l’inconfort moral de H2: « piteusement », « soupire », « prenant courage ». 

Ainsi, les difficultés des aveux sont rendues perceptibles par la ponctuation, notamment les points de suspension, par les didascalies, qui indiquent les difficultés à s’exprimer, et par les détours que prennent les personnages avant de dire les faits.