Fait partie du sujet de l'EAF 2015 séries ES/S : http://www.site-magister.com/sujets33.htm#ESSNAT
Exemple de corrigé rédigé
Les trois textes du corpus évoquent la mort d'un personnage important: dans Phèdre, de Racine, c'est Hippolyte, fils du roi Thésée, suite à la malédiction de ce dernier; dans le Roi se meurt, de Ionesco, il s'agit du roi Bérenger Ier; dans Le Tigre bleu de l'Euphrate, de Laurent Gaudé, c'est Alexandre le Grand qui se prépare à la mort. Comparons les choix adoptés par les auteurs dans ces trois extraits.
Dans la tragédie classique de Racine, la mort sanglante du héros n'est pas représentée sur scène, mais relatée par le récit d'un témoin: Théramène, gouverneur du jeune prince, s'adressant à Thésée, passe du registre épique au registre pathétique. Ainsi, il peut montrer qu'Hippolyte, en combattant le monstre sorti des flots, est le digne fils de son père, le héros Thésée, puis exprimer sa douleur face à la mort du jeune homme qu'il a élevé et qu'il chérissait.
Chez Ionesco, le roi meurt sur scène, progressivement, accompagné par quelqu'un qui l'aime: sa femme Marguerite. Sa mort n'est ni héroïque ni pathétique: le roi se conduit plutôt comme un enfant. On ne l'entend pas. Seule sa femme Marguerite parle, enchaînant les impératifs pour guider chacun de ses pas, de ses gestes, de ses pensées, afin de le rassurer car il a peur de la mort.
Chez Laurent Gaudé, Alexandre le Grand affronte lui-même la mort, lui adressant la parole dans un monologue pathétique (le verbe Pleure appraît quatre fois), sans révolte mais plein de regrets. Le temps de l'héroïsme est évoqué au passé. Désormais, Alexandre prend la mesure de la vanité des choses.
Cependant, outre ces différences dans le ton et le type de textes, les trois extraits ont plusieurs points communs dans le détail. Ainsi le feu est associé à la mort dans les trois textes: chez Racine v.7, Ionesco l.7, Gaudé v.2. Le thème des ténèbres apparaît surtout chez Gaudé (v.25-26) mais aussi, brièvement, chez Ionesco (Il n'y a plus de jour, il n'y a plus de nuit l.6). Enfin, la mort est décrite physiquement pour Hippolyte (v.22-35) et Bérenger (v.27-32) mais pas pour Alexandre.
Remarques de correction:
- le texte de Ionesco est souvent mal compris: la mort du roi Bérenger 1er n'est paisible que grâce à la sollicitude de sa femme Marguerite, qui le rassure et le guide pas à pas
- beaucoup de copies contiennent une introduction alambiquée: rappelons qu'une introduction n'est pas exigée pour la question sur le corpus; s'il y en a une, elle se contentera de présenter les textes et de poser la question
Résumé très bref:
Le récit de Théramène et le monologue d'Alexandre ont en commun d'allier l'épique au pathétique. Pour évoquer la mort d'Hippolyte devant son père Thésée, Théramène montre que le jeune homme était le digne fils de son héros de père. Quant à Alexandre, il se souvient, au moment de mourir de ses exploits passés. La tonalité est très différente chez Ionesco: le Roi qui se meurt est infantilisé; Marguerite doit l'aider, le rassurer et le guider dans ses moindres mouvements; le Roi et, à travers lui, la fonction royale, sont ridiculisés.
Extrait du corrigé officiel fourni aux professeurs qui ont corrigé l'épreuve:
I - QUESTION SUR LE CORPUS
Rappel du libellé de la question : Les auteurs du corpus ont choisi d'évoquer la mort sur scène. Vous comparerez les choix adoptés dans les trois extraits.
Remarques préalables :
On attend de l'élève qu'il réponde à la question.
La présentation du corpus n'est pas un élément exigible ; on ne pénalisera donc pas son absence. On valorisera une réponse organisée qui s'appuie sur des références précises aux textes et qui les mette en relation.
On ne peut attendre d'un candidat qu'il abord tous les éléments de réponse proposés ci-après :
Éléments de réponse :
Points communs entre les textes
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− Le mort ou le personnage sur le point de mourir est un homme de pouvoir (empereur, roi ou fils de roi) et il fait face à une forme d'incarnation de la mort : Neptune, un monstre, un dieu (hors scène) dans l'extrait de Phèdre ; Marguerite dans le texte de Ionesco, et l'interlocutrice d'Alexandre dans la pièce de Gaudé.
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− La mort est un espace représenté par des « tombeaux » (v. 27) dans le texte de Racine, des « souterrains » (l. 26) chez Gaudé ; Bérenger quant à lui doit marcher (l. 4) à côté d'un précipice (l. 10), escalader une barrière (l. 16) et enfin prendre une « passerelle » (l. 22).
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− C'est également un lieu privé de lumière et peuplé d' « ombres » (Gaudé, l. 25) : des « souterrains sans lumière » (Gaudé, l. 26) ; « il n'y a plus de jours, il n'y a plus de nuit » (Ionesco, l. 6).
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− Enfin le feu, élément lié à la figuration de la mort ou des Enfers est présent dans les 3 textes : Racine v. 7 ; Ionesco l. 7 ; Gaudé l. 2.
Différences
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− Les modalités de la mort dans ces scènes sont pourtant très différentes : récit différé d'une mort au cours d'une action héroïque (le combat contre un monstre, pour Hippolyte) ; mort jouée sur scène par un roi muet, guidé par la reine qui décrit le trajet à accomplir vers la mort (Ionesco) ; mort personnifiée à laquelle Alexandre le Grand s'adresse très simplement (Gaudé). La mort elle-même est évoquée par le mourant (Gaudé) ou par un témoin oculaire de la mort (Racine et Ionesco).
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− Le personnage touché par la mort se comporte comme un héros, avec courage, dans les textes de Racine et Gaudé. Hippolyte et Alexandre assument leur mort dans un ultime défi : « digne fils d'un héros (v. 1), « d'une main sûre » (v. 3), « l'intrépide Hippolyte « (v. 16) chez Racine ; « je suis l'homme qui meurt » (l. 29) + ego surdimensionné d'Alexandre chez Gaudé. Bérenger quant à lui apparaît comme un personnage résigné et se laisse conduire à la mort par sa femme dans le texte de Ionesco.
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− Les caractéristiques physiques de la mort s'atténuent de plus en plus au fil des textes : mort violente et sanglante chez Racine ; raidissement des membres, arrêt du cœur et de la respiration dans le texte de Ionesco ; aucune manifestation physique chez Gaudé (sauf peut-être la nudité d'Alexandre, « je me présente à toi, nu comme au sortir de ma mère », l. 21, ici métaphorique de son dénuement).
− Le personnage du mourant, quant à lui, joue un rôle de plus en plus grand : assumant une réplique courte (v. 35, dernier vers du récit de Théramène, dans cet extrait) ; mourant sur scène (Bérenger) ; commentant sa mort tout en la vivant (Alexandre).
− Les réactions des personnages sont différentes : révolte d'Hippolyte qui proclame son « innocence » (v. 35) ; peur puis abandon de Bérenger (« ils ne peuvent pas mordre tes orteils » l. 12 ; « ne crains pas le vertige » l. 22-23 ; « abandonne » l. 29) ; acceptation altière de la mort par Alexandre : « je suis l'homme qui meurt » (l. 29).
