Introduction
La princesse de Clèves, personnage éponyme du roman de Madame de Lafayette, a épousé, fort jeune et sans avoir connu la passion, un homme très estimable. Peu après son mariage, présentée au plus bel homme de la Cour de Henri II, le duc de Nemours, elle est l'objet d'un coup de foudre réciproque. Décidée à rester fidèle à son mari, et à fuir les assauts du duc amoureux, elle quitte la Cour. Comme son mari la presse d'y revenir, elle va lui avouer la véritable raison de sa retraite. Dans cette célèbre scène de l'aveu, à Coulommiers, les dialogues occupent une place importante, reliés par de brefs passages narratifs où nous observons les réactions du prince. Ainsi, Madame de Lafayette explore les sentiments, les scrupules et les audaces de ses personnages: c'est un des aspects de ce qu'on appelle "roman d'analyse psychologique".
Découpage du texte
- l. 1 à 9 : dernière résistance face au prince qui insiste
- l. 10 à 22 : la tirade de l'aveu
- l. 23 à 36 : réaction intérieure et réplique du prince
Vocabulaire
- dessein : Resolution de faire quelque chose, intention, projet, pretention. (Ac.1694)
- prudence : Vertu par laquelle on discerne ce qu'il faut suivre, & ce qu'il faut éviter dans la conduite de la vie. (Ac.1694)
- exposer : Mettre en veüe. Mettre en peril.
- contraindre : Forcer une personne, obliger par violence, ou par quelque consideration qui tient lieu de force, à faire quelque chose contre son gré. (Ac.1694)
- passion : mouvement de l'ame excité dans la partie concupiscible, ou dans la partie irascible; en part. l'amour (Ac.1694)
- avouer : Confesser & reconnaître qu'une chose est, en demeurer d'accord. (Ac.1694)
- envisager : Regarder une personne au visage. + porter sa réflexion sur, considérer en esprit quelque chose. (Ac.1694)
- péril : Danger, risque, estat où il y a quelque chose de fascheux à craindre. (Ac.1694)
- déplaire : Être désagréable. Fâcher, donner du chagrin, du dégoût. (Ac.1694)
- affliction : Chagrin, état de tristesse et d'abattement d'esprit où nous jette un événement malheureux. (Ac.1832)
- procédé : Manière d'agir. (Ac.1762) Manière de se comporter. (TLF) Façon d'agir à l'égard d'autrui. Comportement.
- rigueur : Severité, dureté, austerité. (Ac.1694)
Explication linéraire
1. l. 1 à 9 : dernière résistance face au prince qui insiste
2. l. 10 à 22 : la tirade de l'aveu
• solitude de Mme de Clèves : l.16 «si j’avais encore Madame de Chartres....» (prop. conditionnelle à sens d’irréel)
• Mme de Clèves argumente, fait des distinctions : connecteurs logiques : «mais» l.11, «Il est vrai que..» l.12, «du moins» l.19
• caractère allusif de cet «aveu» (par délicatesse, et finesse d’esprit, faits et sentiments sont nommés abstraitement) : «des raisons de m’éloigner de la cour», «les périls où se trouvent...»; vocabulaire des sentiments : le mot «amour» n’est pas prononcé, elle parle d’ «amitié» et d’ «estime» (l.21) pour son mari; quant à l’autre homme elle évoque allusivement des «sentiments qui vous déplaisent»
• «dangereux» l.17 : ne pas paraître à la cour sans raison valable, ce serait ne pas accomplir son devoir d’état, et cela pourrait être source de médisance;
• langage hyperbolique et excessif de la Princesse : «jamais» 4 x (l.11, 14, 20, 21), «mille pardons» : laisse paraître son agitation intérieure
• antithèse «sentiments» / «actions» l.19-20 : vise à atténuer la gravité de sa faute (pour elle-même et pour son mari); la phrase suivante à l’impératif, l.20-22 continue cette atténuation (elle a bien conscience que ce qu’elle révèle peut être blessant pour lui)
3. l. 23 à 36 : réaction intérieure et réplique du prince
