Acte III
La première scène est une torture pour Doña Sol, parce qu’elle doit écouter le bonheur de Don Ruy qui la contraint de l’épouser. Survient un pèlerin, à qui le duc donne l’hospitalité. Pendant le dialogue des deux hommes, à la scène 2, Doña Sol se pare pour la noce. Or, le pèlerin est Hernani déguisé; lorsque Doña Sol rentre, à la scène 3, il se fait reconnaître, flamboyant et provocant. Don Ruy respecte sa parole d’hôte et défend qu’on se saisisse de lui. À la scène 4, Doña Sol et Hernani sont seuls pour un duo d’amour désespéré: Hernani, dont tous les partisans sont morts, veut persuader Doña Sol de l’abandonner. Don Ruy va les surprendre en rentrant à la scène 5.
Acte III, scène 4 v. 969-1000 (cette tirade, ainsi qu’une bonne partie de la scène, fut coupée aux premières représentations)
- tirade qui commence comme un monologue : le héros s’adresse à l’Espagne personnifiée (v.969, ‘vos fils’ v.971)
- v. 973 polyptote à valeur d’insistance, avec une connotation patriotique
- rythme rapide, phrases brèves et exclamatives
- redondance Ils sont morts, ils sont tous tombés
- v.974-5 la mort de Roland en palimpseste (montagne, devant Dieu... ; mais Roland, lui, meurt le visage tourné vers l’ennemi)
- v.977-78 articulation vers une argumentation adressée à Do~na Sol, avec question rhétorique
- v.979-985 exhortation à Dona Sol, nombreux impératifs
- la suite de la tirade devient éminemment tragique, avec un développement du héros sur son ´destin insensé’, avant de s’adresser à nouveau à Dona Sol pour l’exhorter à le fuir
Le pathétique domine au point de brouiller l'argumentation d'Hernani. Celui-ci enjoint plusieurs fois Doña Sol de le quitter, mais le veut-il vraiment? Le caractère monologué de la plus grande partie de cette tirade est d'abord expressif: il s'agit davantage de vider son âme que de convaincre; le désespoir l'emporte sur la raison.
Le passage par l'épique aux v.971 "vos meilleurs fils", 973 avec la polyptote "vaillants / vaillante", 975 "braves" accroît le sentiment de la perte éprouvée et donc renforce le pathétique.
Remarque d’ensemble sur III, 2-3-4 :
Hernani qui a soigneusement menti à la scène 2, afin de cacher son identité, se révèle de façon inattendue lorsque Doña Sol entre à la scène 3. Cette incohérence ne s'explique que par l'occasion dramatique : la vue de Doña Sol provoque ce désir chez le personnage d'Hernani, lui qui dira plus loin qu'il n'est pas "un être intelligent, qui court droit au but qu'il rêva" (v.986-987). L'action, le drame prime sur la psychologie.
